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REGISTRES D
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royaulme par le moyen du commerce desd, aluns, du tout osté aux François à cause de l'impost, et qu'il ne reste en la France que le simple usage desd, aluns, necessaire pour acoustrer les marchandises ausquelles s'applicquent lesd, aluns, de sorte qu'il n'y a que quelques estrangers qui facent venir aluns en ce royaulme. Que s'il plaist au Roy faire veoir les remonstrances qui lors furent faictes aud. Grand Conseil par mandement de son Conseil Privé, il congnoistera la verité du faict.
"La marchandise de pastel ne se prend es mynes ny cavernes dè la France, comme font les alluns es régions estranges(3), mais est le fruict et rapport de la terre cultivée par le labeur et industrie des hommes qui par longue experience se sont exercez à enrichir et faire valloir le labeur de leurs mains, et ne fault pas penser que la seulle terre et contrée petite du Lauraguez puisse produire telle marchan­dise qu'il n'y ayt aultres terres. et régions aussi propres pour produire pastelz; mais nous pouvons dire, et la France se peult vanter, qu'en l'Europe ne se trouverra peuple plus stillé ny plus acoustumé et usité à cultiver et accoustrer telle marchandise, de laquelle l'artifice surpasse la commodité du ter­rouer.
"S'il estoit aussy facille de recouvrer alluns par bien fouiller et labourer la terre de France, comme seroit facille aux estrangers de recouvrer pastel en leurs contrées, moyennant qu'ilz puissent recouvrer l'industrie et le moyen de le cultiver et finablement l'aprester, il seroit raisonnable de deffendre d'aller querir alluns hors le royaulme.
"A ceste cause nous pouvons dire que ceulx qui pretendent fermer aux estrangers les portes du royaulme et leur empescher le libre commerce de la marchandise de pastel, par mesme moyen iyent les
premier du nom, auroit permis à Thomas Certain et Albisse d'Elbene (1>, facteurs des Gadaignes(2>, soubz pretexte de pareilz offres de deniers,,de faire venir tous les aluns necessaires en ce royaulme, et deffendu à tous aultres en faire venir; et depuis, par l'advis du Grand Conseil, après informations et enquestes des dommages et pertes tant pour le Roy que pour la republicque, tel octroy a esté revocqué comme dommageable et pernitieux à la liberté rendue; le mesme octroy a depuis esté requis par quelques es­trangers, mais ne leur auroit esté accordé, ains au lieu de l'octroy auroit esté mis ung impost sur les aluns, de soixante solz pour quintal, qui a esté cause qu'en moings de trois ou quatre années que lesd. d'Elbene ct Certain ont joy dud. privillege, et de­puis, à cause dud. impost, les marchans François ont du tout perdu et discontinué le trafficq de la marchan­dise des mers de Levant, de sorte qu'il ne se trou­vera de six cens six marchans en France qui puissent négocier en Espaigne, Italie, Barbarie, Constanti­nople et autres lieulx, esquelz se preignent lesd, aluns.
k La perte et dommage principal ne consiste en la charte desd, aluns, à cause du grand subside, mais en la perte du trafficq et commerce, lequel, estant perdu ou discontinué, ne redresse aisément.
"Les marchandises sont tellement conjoincles et annexées que le Iransport de l'une est le rapport de l'aultre, en quoy se congnoist la perte pour le Roy et le dommaigo de son peuple, qui ne scauroit pour bien negotier, qu'il puisse foire prouffict ny négoce auquel il puisse trouver le prouffict dud. impost; et se trouverra que pour ung denier qui revient au Roy de tel impost, led. Sr en pert deux et le peuple dix, voire vingt, tant à cause des marchandises qui soulloient estre transportées ou rapportées ou
O Albisse d'Elbene appartenait à une vieille famille florentine établie en France au xv° siècle; il était Cls de Pierre d'Elbene et de Bartholomea Corsini, et jouit d'une grande considération sous François I" et sous Henri II, qui le créa Général et surintendant des finances; il épousa Lucrèce Cavalcanti, l'une des dames d'honneur de Catherine de Médicis, qui vivait encore en 1583, veuve alors, et laissa une nombreuse lignée; plusieurs de ses fils jouèrent un rôle assez important : l'un, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, fut tué au siège de la Rochelle en 1573 ; un autre fut aumônier de Charles IX, On trouve Albisse d'Elbene avec Thomas Sartin comme tuteur d'une fille de Thomas de Gadaigne. (Cf. H. de la Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 37; A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'hittoire, article Del bene.)
(s) Olivier de Gadaigne, le premier de sa race en France, eut un fils Thomas, qui fut surnommé le Magnifique, tant en raison de son amour pour les arts qu'à cause du luxe de sa maison, ot reçut dans son palais d'Avignon la visite de Henri II qui le nomma l'un de ses maîtres d'hôtel; ce Thomas avait trois frères, Jacques, Philippe et Paul-Antoine. Un autre Thomas, frère d'Oli­vier, possesseur d'une fortune considérable, fixa sa résidence à Lyon et y fonda un hôpital. (Cf. H. de la Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, 1.1, p. 37.)
'3) L'alun se trouvait surtout au fond et aux environs des mines d'argent, sous forme de plâtras blancs; il en venait d'Egypte, de la Sardaigne, des îles de l'Archipel. Ce produit était très employé dans la teinture pour disposer les étoffes à recevoir la couleur et à leur donner la vivacité.(Dictionnaire de Trévoux.)